Un mot en passant
La critique est chose bien commode : on attaque avec un mot, il faut des pages pour se defendre.
JJ Rousseau
La critique est chose bien commode : on attaque avec un mot, il faut des pages pour se defendre.
JJ Rousseau
Après l'Amérique Centrale et Walker, après Brazza et l'Afrique, Deville nous entraîne pour un voyage au Kampuchéa.
C'est drôle les associations. A la vue du titre, c'est le plateau d'un jeu de stratégie de ma jeunesse qui est apparu. Sur le planisphère étalée sous mes yeux, un seul endroit portait un nom mystérieux, coincé entre la Chine et l'Inde: Kampuchéa !
Selon une formule déjà éprouvée, Patrick Deville entrecroise, présent, Histoire récente, et Histoire plus ancienne.
Choix du narrateur, l'Histoire débutera avec henri Mouhot qui levant les yeux, redécouvre les temples d'Angkor. Ce sera l'année zéro ! On peut alors mettre en place les personnages qui lui succéderont pour aboutir aux Khmers rouges.
Alors que l'on juge Douch, l'un des bourreau de la révolution, Deville s'embarque sur le Mékong. Retraçant sous nos yeux la découverte du Cambodge, la colonisation française avec Pavie qui tout comme Brazza est un idéaliste. Le partage de la civilisation entre différentes cultures qui ont tant à s'apprendre. Pavie cartographie le pays, revient en France et crée l'Ecole cambodgienne d'où sera issu une majorité des futurs bourreaux du peuple Khmer. Il conseille le roi Monivong, prédecesseur de Sihanouk.
Entouré de différents guides, Deville raconte la remontée du La Grandiere pour ramener les fourbes anglais à la raison, à l'opposé de ces cannonieres du yang tse,vulgaires barcasses, on revit l'Africa Queen à l'envers.
Et puis c'est la révolution, quatre têtes pensantes qui se fréquentaient déjà à Paris, mais ou la moins cultivée aura raison de toutes les autres. Et le dérapage, à l'image de cette Terreur de 93 qui les avait frappé.
Lorsque les russes voient leur ambassade envahie, et ce soldat qui ouvre le frigo, montre les oeufs et déclare qu'un vrai révolutionnaire aurait attendu qu'ils soient poulets pour pouvoir etre partagés entre tous. Et puis trois ans , huit mois et vingt jours. Un ou deux millions de cambodgiens disparus. "On ne fait pas d'omelette sans casser des oeufs qui, couvés, donneraient pourtant des poulets. Les survivants du Peuple nouveau ne se souviennent pas avoir jamais mangé du poulet."
Français, anglais, américains, russes, japonais, pour finir écrasé par quelques idéalistes locaux. Un peuple ancien, au carrefour de plusieurs pays qui en voulaient chacun leur part.
Cette livraison 2011 est un bon cru de Deville. Il peaufine son modèle de récit.
N'ayant jamais été plus que cela attiré par les civilisations asiatiques ( c'est un tort ) j'ai redécouvert cette partie du monde. Cette partie de domino géante que se livrent les plus grandes nations dans toutes les parties du monde. J'ai moi aussi pris le sampan et remonté tel un Gabin dans un singe en hiver le Yang tse . J'ai découvert un homme, Auguste Pavie et je me promets de suivre ses traces. Un bien beau voyage en vérité. Mais quelle sera donc la prochaine destination à laquelle l'auteur nous conviera ?
Pour les voyageurs immobiles, un livre à déguster !
En prenant ce livre pour les vacances, je m'imaginais quelque chose de drôle, dans le style "Affaires urgentes " de lawrence Durrell. De plus, une
quatrième de couverture mentionnait Mister Bean et les voyageuses victoriennes, bref que du bonheur en perspective.
Règle numéro un, ne pas commencer à rêver avant d'avoir ouvert le livre ! En fait de Bridget Jones matinée d'Atckinson, je me suis retrouvé face à une méga dépressive ( ça arrive à tout le monde et cela peut être drôle quand on a du recul sur soi même ) qui finalement s'emmerde profondément à suivre son mari, passe son temps à pleurer sur son sort ( ah, pourquoi n'ai je pas fait la carrière qui me tendait les bras et qui m'aurait permis de m'épanouir etc..), se plaindre des conditions ( mauvaises bien évidemment) que lui procure son statu social.
Alors j'ai vu rouge! quand on a la chance d'appartenir au corps diplomatique, d'abord britannique, puis européen, on évite de se plaindre de ses conditions de vie ( c'est bien connu ils sont tous à la rue avec des salaires de misère) et notamment du fait que l'on ne peut pas avoir des fauteuils avec un revêtement neuf qu'une fois tous les trois ans. Cela m'a rappelé les coopérants qui embarquaient même le PQ pour un an en repartant à l'étranger car cela permettait d'avoir la détaxe et qu'ils avaient le droit à un container à chaque vacances.
Il n'y a que peu de considération pour les autochtones, d'ailleurs en Syrie, c'est l'immobilier qui lui importe, et dans deux ou trois autres pays, ce sont les chiens qu'elle a adopté. Ou alors le repas qu'elle va devoir organiser. Sans compter ses filles qui ne font rien que les rebelles ( pauvres petites filles riches...)
Cette lecture m'a donc pourri mes lectures de vacances car devant l'énervement qui s'emparait de moi à chaque fois, j'y ai laissé deux semaines. ( je sais, c'est du masochisme, mais c'est comme avec mon assiette, je ne sais pas jeter, ni gaspiller).
Un livre que je déconseille fortement, mais à la place, le Lawrence Durell ( le quatuor d'Alexandrie) lors de ses tribulations diplomatiques qui montre ce qu'est le talent d'un écrivain ainsi que l'utilisation du fameux humour anglais.
Irene et Gary sont un couple qui après de longues années de vie commune, voit remonter tout ce qui les éloigne.
Lorsque Gary décide de construire une cabane sur une île près de chez eux, Irene le suit tout en pensant que ce projet comme tous les précédent est voué à l'échec. Rapidement prise d'une migraine implacable, elle laisse apparaître la haine que lui inspire maintenant son mari . Les reproches fusent et en corollaire ceux de Gary. Leur mariage n'a finalement été qu'une suite d'erreurs. Il y a bien leurs enfants, Mark, pécheur et drogué qui ne se souci de rien ou pas grand chose et dont la compagne n'a jamais eu l'heur de plaire à sa mère. Et puis il y a Rhoda, leur fille, avec qui irene se sent proche. Cette dernière ne rêve que de poser les pierres d'une vie de famille idéale en se mariant avec un dentiste.
Tout au long de l'avancement de la cabane, le couple va se déchirer jusqu'au final pendant que Rhoda maintient coûte que coûte ses illusions.
Second opus de David Vann en France après Sukkwan Island qui avait eu le Medicis en 2010, j'avais donc hâte de voir si le monsieur confirmait l'essai sur lequel je gardais un sentiment mitigé notamment à cause de la deuxième partie.
Désolations ne se démarque pas du précédent quand à la thématique, âmes sensibles souhaitant du bonheur et des bisounours s'abstenir !
Pour autant, j'ai trouvé une meilleure unité de l'ensemble et c'est pourquoi ce coup ci je vote pour sans restrictions. La confrontation de Gary avec Irene est magistrale et l'histoire parallèle ( à tous les points de vue) de Rhoda et Jim ainsi que celle annexe de Carl et Monique permettent en permanence de relancer le récit.
Petit coup de pied de l'âne, le titre original est Caribou Island, ce qui dénote un manque d'originalité de notre auteur ( à moins qu'il ne soit en train de nous faire le tour de toutes les îles du grand nord americain ) et un bon service marketing de Gallmeister. En effet, Sukkwan Island avait tout de mystérieux, alors que Caribou Island aurait beaucoup moins bien sonné dans de nos contrées. Donc, vive Désolations. Nota bene, la retraite aux USA est à 55 ans d'après les personnages de ce roman, mais que fait donc notre gouvernement lui qui prétend toujours que nous avons dix ans de retard sur l'Amerique ?
Bien écrit, prenant, Désolations confirme le talent de l'auteur pour décrire les faiblesses humaines, les lâchetés, les arrangements, les incompétences, la douleur, la solitude. Reste à espérer que l'on n'apprenne pas un jour prochain que lui même aura mis fin à ses jours devant un tel poids à porter.
Noël est déjà de retour et comme tous les ans, le narrateur s'apprête à une fête morne et sans gloire..
Mais voilà qu'on sonne à la porte ; certainement Richard, incapable d'être à l'heure, toujours avant ou après mais jamais pile. Seulement, c'est Emma qui débarque, Emma sa femme, celle qui est partie sans laisser d'adresse juste après leur mariage, renforçant notre loser magnifique dans son rôle. Et puis elle n'est pas seule, avec elle il y a son fils ! Au fait, comment s'appelle t il ? Comme toi lui répond elle . Commmoi et son père vont donc apprendre à cohabiter.
D'un sujet déjà archi visité, l'auteur fait un livre parfaitement déjanté mais au bon sens du terme. Les répliques frôlent le Audiard, les situations s'enchaînent sans s'emmêler.
"Richard avait une structure mentale assez particulière. Il ne réfléchissait que trois heures par an. Le reste du temps, il avait l'activité cérébrale d'un caillou. Je ne sais pas si c'était à mettre sur le compte du coup de bol, mais j'étais tombé en plein dans le bon créneau. Un peu comme si en me baladant dans les Alpes suisses, au détour d'un rocher, j'avais vu fleurir un Edelweiss..... Je suis rentré à la maison, cuit façon agneau de sept heures....Quand t'as des caries, tu te laves pas les dents avec une sucette..."
Non seulement on rit à chaque page, mais l'auteur arrive avec brio à mettre une touche d'émotion, de name-dropping, de nostalgie ( belle rencontre avec Elvis et Mickael) et j'en passe !
Une bonne lecture de ce début de vacances qui me donne furieusement envie de lire son bouquin précèdent qui s'intitulait " En moins bien".
La Nouvelle Orléans, années 1990. Il est difficile, pour certains hommes, de tirer un trait sur leurs rêves de jeunesse. Alvin, guitariste et chanteur de jazz de second rang, est de ceux là. À l'heure où d'autres n'aspirent qu'à une retraite paisible, il a encore foi en sa bonne étoile. Affublé de deux vieux compagnons de route, il part à la recherche de Cornelius, trompettiste légendaire disparu mystérieusement cinquante ans plus tôt, grâce auquel il pourrait connaître enfin le haut de l'affiche ...
Dès le départ, l'humour gagne le lecteur à la cause. J'ai particulièrement apprécié cette idée que le Buena Vista Social Club existait partout dans le monde.
L'ambiance de la ville, la description du quotidien des musiciens et une bonne utilisation de flash back mettent tout de suite dans le rythme de l'histoire.
Avec deux auteurs eux même musiciens, ce Bourbon Street s'annonce comme le tome 1 d'un diptyque.
Ni polar, ni roman sur la musique, le scénario tient bien la route et l'on n'a qu'une envie, connaître la fin de l'histoire !
Le dessin est très agréable, et à franchement parler, je trouve cet ouvrage plus recommandable que le Blacksad.
John Wayne Cleaver est un jeune homme potentiellement dangereux. Très dangereux. Jugez-en plutôt : garçon renfermé,
pour ne pas dire sociopathe, il vit au milieu des cadavres à la morgue locale, tenue par sa mère et sa tante, il a une certaine tendance à tuer les animaux et, depuis son plus jeune âge, il
nourrit une véritable passion pour les tueurs en série. Ainsi, son destin semble tout tracé. Mais conscient de son cas, et pas spécialement excité à l’idée de devenir un serial killer, John a
décidé d’en parler à un psy et de respecter quelques règles très précises. Ne nourrir que des pensées positives à l’égard de ses contemporains. Ne pas s’approcher des animaux. Éviter les scènes
de crime. Ce dernier commandement va néanmoins devenir très difficile à suivre lorsqu’on retrouve autour de chez lui plusieurs corps atrocement mutilés. Y aurait-il plus dangereux encore que John
dans cette petite ville tranquille ? Aurait-il enfin trouvé un adversaire à sa taille ?
Après cette quatrième de couverture alléchante, j'ai craqué pour le bonheur de ma libraire. En effet, à l'âge ou l'on est plutôt boutonneux, l'auteur a préféré ne retenir que le coté mal dans sa peau.
Bien écrit et bien traduit ( j'imagine) on est immédiatement captivé par ce sérial killer potentiel. En revanche, l'intrigue rejoint ici les Connolly dans leur grande tradition, à savoir un coupable qui n'a rien d'humain, ce qui pourra en dérouter quelques uns. Ce qui est bien vu, c'est l'étude de cas de ce jeune homme, ses interrogations et son envie de savoir, y compris si cela met son propre équilibre en péril.
Un thriller pas tout à fait comme les autres, avec un héros jeune,dont il est dit qu'il est le premier d'une trilogie. Vivement le tome 2 et surtout le 3 pour savoir comment tout ça va finir ! Pour une fois que cette fichue quatrième de couv n'est pas qu'un attrape clampin .